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06/03/2011

MOUTONS, PANURGE ET TOP TEN

rodolphe,scenariste,humeurs
Maladie du temps, les 'top ten", "classements des meilleurs ventes"
et autres palmarés, touchent également la BD depuis quelques années.
Entendons nous bien: les chiffres de vente représentent pour les
professionnels une information tout à fait indispensable.
Mais quel intéret pour le public?


Et quelle absurdité de communiquer sur ces chiffres pour stimuler de
nouveaux lecteurs et leur donner envie d'aller se coller au troupeau
qui a déjà plébiscité la chose!
Au début des années 60, alors qu'Elvis Presley faisait son service
militaire (et était donc menacé d'une baisse de popularité
consécutive à son éloignement des médias),son imprésario publia un album
reprenant des titres anciens, intitulé "50,000,000 Elvis Fans Can't Be Wrong"
("50 millions de Fans ne peuvent s'être trompés")
Slogan coup de poing mais dénué de tout fondement!
Mais si, 50 millions de gens ont pû acheter une merde!
Le nombre n'a jamais rien prouvé!
Combien de millions de bolchéviques en 1925?
Et de nazis dix ans plus tard?
Combien de fans de Cloclo et de Enrico Macias?
et de Bernard Buffet?
Et de lecteurs de Guy Des Cars?
Quelle invraissemblable bêtise d'imaginer que la règle du grand
nombre est la meilleure!
C'est même bien souvent l'exact contraire!
Delly et Maurice Dekobra ("La Madone des Sleepings") ont vendu dix
fois, cent fois plus que Breton ou Julien Gracq!
Sully Prudhomme en son temps, écrasait Rimbaud comme une crèpe!
Pour ne fâcher personne je n'avancerais aucun nom dans le domaine de
la bande dessinée, ou juste un seul, celui d'un génie, Jean-Claude
Forest
, qui ne vendit jamais grand chose!

Personnellement, je réagis à ce principe selon son exact contraire.
Parfois j'admet que j'ai tort. Le triomphe remporté par "Bienvenu
chez les Chtis" m'amena à fuir la chose, persuadé qu'il s'agissait
d'une bonne daube, je fut surpris , deux ans aprés sa sortie, de découvrir qu'il
s'agissait en final d'un divertissement sympathique, pas plus
vulgaire ni débile qu'il paraissait.
Peut-être suis-je snob. C'est là une explication....
Aprés avoir été -adolescent- un fan absolu des Stones, je m'en
désinterressai lorsque la moitié de ma cour de récré les porta au
pinacle. Je me consacrais alors aux Yardbirds ou au Pretty Things ,
merveilleux groupes encore inconnus , qu'il convenait de mériter en
allant acheter leurs opus chez de rares importateurs.
Même chose de Boris Vian, soudainement érigé en maitre-à-penser des
lycéens des années 60.
Pour ma part, sur cette même période, je dénichais (à prix d'or!)
une intégrale d'Alfred Jarry dont le Boris s'était assez rudement
inspiré!
C'est tellement mieux de ne pas suivre le troupeau!
Qu'on se souvienne des Kinks "I'm not like everybody else" ou encore
de Brassens: " Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on est
plus de quatre on est une bande de cons"
Je ne sais pas si on peut également suspecter Brassens de snobisme,
mais je suis persuadé que le goût des foules n'a jamais orienté les
siens!

Alors fuyons les hit-parades, les classements des meilleurs entrées,
les bouquins en grosses piles, lauréats de gros prix et de gros
stickers!
A bas les voyages organisés, le prêt-à-penser et les best-sellers!
Vive les chemins de traverse, les balades en solitaire, l'aventure et
la liberté!

Commentaires

Bonjour Rodolphe, je comprends tout à fait le sens de ta chronique. Mais j'avoue ne pas être entièrement d'accord. Je publie en effet une liste hebdomadaire des meilleures ventes sur mon blog tous les mercredis ou jeudis. L'idée n'est pas d'inciter le public à se précipiter vers ces titres mais de donner une tendance sur ce qui est populaire à un instant T. Et une BD populaire n'a comme un film rien d'insultant. Les sites comme le mien sont lus par le grand public mais aussi les auteurs et les éditeurs. Et ceux-ci trouvent aussi une information en avant-première. Si un site se limitait à ce genre d'informations sans parler de l'actualité, des coups de coeur, des expositions, festivals ou autres événements BD, il serait évidemment réducteur mais je ne crois pas que ce soit le cas sur mon site comme sur d'autres (BDZoom) ou magazines (dBD par exemple) qui livrent une information équivalente avec d'ailleurs au moins une semaine de décalage.
Amitiés, Manuel

Écrit par : Manuel Picaud / BD75011 | 08/03/2011

Hello Manuel!

Et merci de ta réaction à mon billet d'humeur.
Je vais essayer de te répondre précisément et de bien clarifier la chose.
D'abord, ce papier (tu t'en doute) ne te visais absolument pas, ni toi ni les autres amis que j'ai dans le métier, comme Nicolas Anspach,
Laurent Turpin, Brieg Haslé ou Gilles Ratier, dont je salue l'excellent travail d'information et de critique que vous faites concernant notre "9éme Art".
Je ne réglais pas plus quelque compte personnel concernant ma propre situation d'auteur. En une trentaine d'années d'écriture de scénario et de publications,
j'ai eu des titres qui ont tres bien marché, d'autre assez bien, d'autre moyennement, et d'autres épouvantablement mal!
J'ai vu et goûté de tout! Bien sûr l'auteur préfère toujours quand son oeuvre plait et se vend. Autant pour des raisons financières que pour le "retour d'amour".
Mais ce n'est pas toujours le cas.
Ce n'est pas grave, l'essentiel étant juste de pouvoir poursuivre...
Celà dit je ne fait aucune corrélation entre qualité d'un livre (et investissement personnel) et scores obtenus...

En fait, à bien y réfléchir, mon billet ne visait la bande dessinée que par le biais. Les hits parades et classements des ventes étant beaucoup plus omniprésents sur des secteurs comme cinéma ou musique...
Néanmoins la BD s'y est mis. Et c'est là dessus que je rebondissais...
Car honnêtement ces classements me semblent non seulement inutiles mais dangereux.
Tu dis qu'ils sont utiles aux professionnels, pas d'accord:
les auteurs savent si leur livre marche
(de toute façon ils auront un relevé des ventes quelques mois plus tard)
Quand aux éditeurs, ils disposent de systèmes comptables autrement plus précis
qui jour par jour leur donnent des états des ventes...
C'est pourquoi, cher Manuel, je persiste et signe...

Quand j'entends à la radio ou à la télé, la rubrique "meilleures entrées dans les salles" (à propos du cinéma)
je trouve ça stupide. Et en tout cas ça ne me donne pas du tout envie d'aller m'agglutiner au troupeau!

Si un type a fait un bon film et qu'il se trouve un gros public, j'en suis ravi pour lui.
Mais jamais ce "gros public" sera pour moi un argument quand à aller voir son film!
Ni à acheter un roman, un disque ou une B.D....

R

Écrit par : RODOLPHE | 21/03/2011

Je suis entièrement d'accord avec vous. A force de tout étiqueter, de planter dans la chair de la culture des panneaux de direction obligatoire, pour s'assurer que le troupeau ne se perde pas en chemin, on fait irrémédiablement l'impasse sur les perles qui brillent au loin, si loin des routes balisées...

Écrit par : Marie Fontaine | 10/04/2011

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