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26/05/2012

DANS LES CHALOUPES DU TITANIC...

Suite aux nombreux commentaires concernant mon interrogation sur le présent et l'avenir des métiers de la bande dessinée (" A BORD DU TITANIC") je poursuis ma réflexion:
Rodolphe scenariste Les humeurs de rodolphe bistre traits sépia.jpg


Dans les années 70, la production globale en matière d'albums ne devait pas excéder 300 titres par an.
On rencontrait fréquement alors de fortunés aficionados qui vous disaient TOUT acheter.
Aujourd'hui, ce n'est plus 300 ni 400 mais 5 ou 6000 (et on ne rencontre plus guère ces aficionados!)
Certes entre temps le public a augmenté, mais pas dans une proportion comparable...
L'amateur de BD des années 70 et début 80 choisissait sa pâture parmi les 20 ou 30 nouveautés du mois.
Aujourd'hui il la choisit (difficilement!) parmi 300 ou 400 titres. Résultat mathématique: ainsi répartie, la vente moyenne au titre est divisée par 10 ou par 15.
Au début des années 80, une bonne vente devait se situer au-delà de 20-30.000, une vente moyenne vers les 8-10.000.
La vente moyenne aujourd'hui (englobant les best sellers) tournerait dans les 800 exemplaires...
Et la folie de la surproduction continue...

Pour tirer leur épingle du jeu, les éditeurs ont deux possibilités. Comme rien n'est rognable sur la fabrication (le prix du papier
continue à s'envoler) il faut soit compenser la réduction du nombre des ventes par l'augmentation du prix unitaire de l'album
(quitte à jouer la carte de la présentation "luxe") soit réduire la part de (des) auteurs. Parfois les 2 ensemble...
Pour les dessinateurs comme les scénaristes, le jeu devient de plus en plus âpre. Les conditions faites par les "majors" au mieux stagnent,
celles proposées par les petites structures s'étiolent vertigineusement...
Peut-on pour autant rejouer à Guignol, opposant les braves et méritants jeunes auteurs, en lutte contre les gros méchants éditeurs? Je ne crois hélas pas.
Aujourd'hui tout le monde est perdant. Et tous continuent soient parce qu'ils aiment trop ce qu'ils font (n'oublions pas que nombre d'éditeurs viennent du fanzinat)
... soit parce qu'ils ne savent pas trop faire autre chose!
Avec au fond des espérances, le rêve doré d'un "jack pot" , la série qui brusquement s'enflamme et devient ASTERIX, TITEUF ou XIII...
Trés aléatoire, certes, mais qui existe néanmoins, et qui lorsqu'il surgit, rachète en une fois, nombre de ratages éditoriaux et de misères diverses.

Les réflexions que mènent sur le sujet Joseph Béhé, Slaine, Run et Tom sont justes. Mais je ne voit personnellement pas de solution immédiate à cet état de fait.
Pratiquement, découragez le fils de votre concierge de faire de la BD. La plomberie et l'électricité ouvrent des débouchés autrement plus sûrs et lucratifs (grâce
auxquels ils pourront s'acheter une foule de beaux albums!)
je persiste et signe : c'en sera bientôt fini non de la BD mais des métiers de la BD. Celle ci se pratiquera comme un hobby, au mieux comme une passion dominicale.
Avec juste de çi de là, quelques monstrueuses exceptions, comme en trouve dans l'art ou la littérature: un écrivain qui vend ses livres à 200.000 exemplaires, un peintre qui reçoit une commande d'état:
juste quelques arbres pour cacher la forêt...
RODOLPHE

Commentaires

Il reste hélas peu de perspectives dans ces conditions de marché. On ne réinvente pas les mathématique hélas, sauf peut-être dans les théories de la physique quantique (et encore) mais c'est hors-sujet à notre échelle macroscopique...

Des solutions ?...
-L'auto-édition. Cela demande un investissement important au démarrage qui n'est pas à la portée du premier dessinateur venu.
-traduire systématiquement les titres qui sortent en Chinois afin d'alimenter une nouvelle classe moyenne Asiatique férue de productions Franco-Belges ?
-augmenter le nombre de bourses attribuables par le CNL. Les dessinateurs de BD n'ont même pas droit aux aides des Drac régionales: ils ne sont tout simplement pas répertoriés dans la liste des artistes plasticiens alors que les peintres y sont bien.
-renouveau de la presse en kiosque, en finir avec la suprématie de l'édition sous forme d'albums. Privilégier les petits formats, souples, le noir et blanc, etc...
-embauche en cdd des dessinateurs par les éditeurs, avec cp et 13eme mois. Je sais pas si c'est dans le programme de Mélanchon ça...
-les dessinateurs de BD "parce qu'ils ne savent pas trop faire autre chose!" auront bientôt droit à la formation professionnelle pour se reconvertir.

Il vrai d'insister sur le fait que les éditeurs ne sont pas tous des vilains escrocs. Il y en a beaucoup qui se démènent mais hélas, une telle ingratitude du marché aux mécanismes obscures, une telle contrariété envers la passion de la création, la solitude des dessinateurs, etc... a développé un climat de défiance entre auteurs et éditeurs. Il est de bon ton pour le dessinateur autour d'un verre de taxer l'éditeur de requin, etc...

Écrit par : tom | 28/05/2012

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