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06/01/2013

ELOGE DE L'ENNUI.

J'avais, comme titre à ce petit billet, pensé d'abord à "Eloge de la Mélancolie" ou "Eloge de la Tristesse".
Mais non, en final, c'est bien de l'ennui qu'il s'agit.
Celui-ci n'est en effet ni triste ni gai, ni mélancolique ni joyeux.
Il est juste une absence, un état de non-action physique comme cérébrale.
Or cet état de vacuité engendre de fait beaucoup d'excellentes choses!

rodolphe, scenariste



Je me revois enfant, à l'arrière de la berline familiale (une grosse Traction-avant verte) regardant le paysage défiler, sans véritablement le voir, ou bien les jours de pluie, cantonné à la maison, fixant les gouttes ruisselant sur les carreaux.
A quoi pense-t-on quand on s'ennuie? A rien. A rien et à tout... L'esprit vagabonde, prend de la distance vis à vis de ce qui nous entoure. On peut inventer son futur ou réécrire son passé...
L'enfant peut soudainement lire dans les objets familiers -les nuages qui passent, la pluie qui coule, le ballet hypnotique des essuie-glace- s'il deviendra médecin ou écrivain et dans ce dernier cas voir surgir les premières images de son premier livre...
Il peut de manière plus proche anticiper sur ce que seront ses étrennes, sa rentrée des classes, ses nouvelles amies, ses nouveaux compagnons...

Pourquoi faut-il aujourd'hui que cet ennui soit combattu comme si cette vacuité représentait une forme de danger?
On équipe les voitures d'écrans permettant aux enfants de regarder en non-stop des dessins animés, il n'y a plus un seul bar, un seul restaurant, une seule chambre d'hôtel qui ne soient pourvus de l'incontournable téléviseur vers lequel, qu'on le veuille ou non, le regard vient se coller, juste préliminaire au "décervelage" que chantent les Palotins d'Alfred Jarry...

Pourtant,si on ne sait plus regarder fixement des gouttes de pluie sur une vitre, les aspérités d'un mur de chambre, le long cheminement de voies ferrées disparaissant à l'horizon, ne perd-t-on pas une part de nous même?

Hors l'agitation des images et des foules, ces petites parenthèses de silence et de solitude, ces moments ou l'écran -notre écran- est opaque, ne représentent-elles pas un moment indispensable pour jauger qui l'on est et où on va avant d'être à nouveau happé par le maelstrom?
Rodolphe

Commentaires

Bien vu et joliment écrit. Il est vrai que les écrans, consoles et autres tablettes ont envahi notre quotidien. Je ne sais pas si on peut parler de décervelage - ce qu'on peut voir sur ces écrans est parfois intéressant et instructif - mais il est vrai que les enfants, et parfois même les adultes, sont "vampirisés" par ce flot ininterrompu d'images. Notre part de rêve (et d'ennui), tend à se réduire inexorablement, bridant nos capacités d'imagination et de création.

Écrit par : Joel Martinat | 13/01/2013

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