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30/01/2013

LE JOUR OU LE TELEPHONE S'ARRETERA...

Pour avoir récemment publié une biographie d'EDGAR P.JACOBS (avec mon ami Louis Alloing /Ed.Delcourt)j'ai découvert dans la vie de cet homme un moment terrible, le pire de ce qui peut arriver à un artiste: le jour où le téléphone cesse de sonner, ou plus personne ne se manifeste, ou ne viennent plus ni contrats, ni contacts, ni propositions.

RODOLPHE, SCENARISTE, BD, EDGARD PIERRE JACOBS, BLAKE ET MOTIMER, DELCOURT, JEAN MICHEL RENAULT, SAINT-QUENTIN



Jacobs, sur la première partie de sa vie, fut artiste lyrique, chanteur baryton. Un artiste réputé qui participa
à des dizaines de spectacle, son nom en grand sur les affiches, chantant, jouant, mais encore travaillant sur costumes et décors...
Et puis un jour (en cette période complexe et troublée du début des années 40) tout s'arréta... Il crut qu'il suffisait de s'armer de patience que c'était juste une mauvaise phase, que tout allait reprendre, que les amis, les collègues, les imprésarios, les directeurs de salles allaient finir par le rappeler.
Mais non, son téléphone resta muet.
Définitivement!
Heureusement que, prudent, il avait développé en parallèle une carrière de graphiste et d'illustrateur (qui allait déboucher sur la création des fameux Blake et Mortimer!).
Mais qu'on imagine le désarroi, le désespoir, l'horreur que dû représenter ce brusque et définitif silence de ce monde qui jusqu'alors était le sien!
Ce téléphone restant muet représente je crois le premier cauchemar de l'artiste. Il peut toucher tout le monde: musiciens, acteurs, chanteurs danseurs, photographes, peintres, écrivains et bien sûr dans notre petit "9éme Art"- dessinateurs et scénaristes de BD!
Personne n'est à l'abri de ce silence, et il est impossible à anticiper parce que son surgissement est totalement imprévisible: le baryton Jacobs n'avait pas démérité, ses prestations étaient toujours parfaites, parfaites sa voix et sa présence.
Ça n'empêche, un jour on n'a plus voulu de lui.
Direction les oubliettes, l'indifférence, l'oubli...
Ceux d'entre nous qui oeuvrent dans quelque société, dans quelque administration, dans quelque ministère et qui, trouvant parfois le temps long, jouent à s'imaginer surfant sur les crêtes "free-lance" de la création peuvent se consoler du confort douillet que représente le petit virement bancaire de la fin du mois et surtout l'assurance de savoir que celui-ci sera reconduit le mois prochain et ainsi de suite dans les siècles et les siècles ( ou presque)!
Pour nous autres, pauvres Totos côtoyant les gouffres, il n'est d'autre solution que de prier en son étoile
et de s'accrocher (au fil du téléphone) en murissant l'exemple de Jacobs baryton qui abandonné des siens et de son art revint à la bataille en créant des héros de BD immortels et en devenant le maitre que l'on sait.
Rodolphe.

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