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17/01/2018

JE SUIS UN AUTRE

Pour accompagner la sortie de ce « roman graphique (140 pages, relié, couleurs) dessiné par LAURENT GNONI sur scénario de RODOLPHE et publié chez SOLEIL nous reproduisons ci-dessous une interview réalisée par CHRISTINE ROBERT pour l’agence AD TATUM.

RDOLPHE, SOLEIL, LAURENT GNONI


1/Comment est né cet album ?
Aucune idée. Les choses viennent, surgissent, s’imposent. Je les laisse faire, je ne cherche pas à décortiquer le phénomène ou analyser la magie. Quand sa voiture démarre bien, qui aurait l’idée d’en soulever le capot ?

RODOLPHE PLANCHE BD GNONI SOLEIL.jpg


2/Pourquoi avoir repris le titre d’un de vos albums paru dans la série Les Abîmes du temps et dans lequel il était déjà question de la recherche d’identité du personnage principal ?
Sans doute parce que le « Je est un autre » de Rimbaud à sa façon m’obséde. Comme d’une façon plus large le thème du double. Et de façon encore encore plus large, celui de l’identité.
3/Le meurtre de la jeune femme arrive très rapidement dans le récit, pourquoi ce choix scénaristique ? Et pourquoi un meurtre aussi « sanguinaire » ?
Oh sanguinaire, sanguinaire… C’est dans la juste tradition du meurtre, du bon vieux meurtre de toujours, loin des gadgets et des armes sophistiquées. Un brave couteau façon boucher, avec une brave lame, longue et large et crac, dans le buffet. Comme dans les chansons de Fréhel ou de Piaf.
4/Dans la première partie du récit, vous distillez des éléments troublants : l’omniprésence « culpabilisatrice » de Sylvio dans la vie de Peppo et son perpétuel jugement sur sa relation avec la jeune femme, les apparitions du vagabond… vous souhaitiez dès le départ « inquiéter » le lecteur ?
La vie n’est elle pas dés le départ inquiétante (surtout si on en subodore l’issue) ? Gamin, plein de choses me faisaient peur. Adulte ça continue. En réalité je ne fais que retranscrire dans des fictions les ressentis du quotidien. Quand à « distiller » vous me prêtez là un savoir faire qui est loin d’être le mien. Si « dosage » il y a, les proportions en sont purement intuitives…

RODOLPHE GNONI PLANCHE9 SOLEIL.jpg


5/A partir du meurtre de la jeune femme, le lecteur doute de tout, le meurtre est-il bien réel ? Peppo a-t-il tué sa maîtresse ? Ou bien est-ce Sylvio ? Pouvez-vous nous expliquer quels sont les « ressorts » scénaristiques pour que le lecteur parvienne à douter ainsi ?
Même réponse. Je ne suis ni pharmacien pour « doser » avec minutie, ni mécanicien pour assembler avec précision. Je suis pris par les angoisses et les rêves de la vie qui s’imposent à moi. J’admire ( ?) certains de mes collègues dotés de vertus horlogères. Pour ma part j’ai le sentiment de donner juste un écho, un prolongement à ce qui surgit en moi. Entre autre ce doute sur la réalité des choses et le pouvoir (merveilleux comme tragique) de l’illusion
6/Après le meurtre d’Edwige, les parents de Peppo le placent dans une institution. Cette décision est d’une violence inouie. Peppo ne rentre pas chez lui pour Noël, ses parents sont totalement absents. Cette absence d’amour explique bien des choses sur le comportement de Peppo… Pouvez-vous commenter ?
Le mal existe. Pas à l’état brut, sans doute. Mais il est là. Avec son cortège de violence, de douleur, de malheur. Peut-être qu’il n’est que l’absence de bien. Indifférence, égoisme : les parents de Peppo ne lui veulent aucun mal. Juste : ils ne lui veulent rien. L’institution pour eux n’existe sans doute pas et leur fils non plus. Ils sont ailleurs, dans un monde qu’on ne fait pas figurer dans l’histoire, qu’on ne nomme même pas. Hors de la vie du garçon. Hors son besoin de vivre et d’être aimé….
7/L’institution catholique dans laquelle il a été placé de force semble être une métaphore de sa prison « psychique », êtes-vous d’accord avec cela ?
L’institution n’est pas directement définie comme catholique. Religieuse, oui. J’ai connu des lieux qui en approchaient. Ce n’est pas une caricature. Ce genre d’endroit existe surement encore . Les barreaux ont peut-être été repeints voilà tout.
8/Seul, son vieil ami qui vit sur l’île où a eu lieu le meurtre, lui rend visite et l’emmène voir une psy. Peut-on dire que votre récit est aussi celui d’une cure analytique, et pourquoi avoir souhaité explorer cela ? De quelle manière vous êtes-vous documenté sur les troubles psychiques, la schizophrénie, la psychanalyse ?
Le vieil Hugo est un bel homme. Je parle de l’ esprit et du cœur. Celui que tout humain rêve de rencontrer et d’avoir pour ami. Son rôle est primordial. En fait c’est lui qui sauve Peppo. Le personnage de la psy est là plus pour montrer la façon dont certains praticiens se chatouillent et se gargarisent de leur savoir. Une femme intelligente et aimante sans doute. Mais en final, sa compétence ne va pas loin. Si Peppo un jour guérira c’est grâce à Hugo, au soleil du sud et ses propres fantômes.
…Et question documentation sur les troubles et singularités mentales, j’ai tout ce qu’il me faut à proximité…
9/Quelles sont les difficultés d’un scénario qui combine à la fois intrigue policière, exploration psychique et psychanalyse ?
Là encore vous voyez une mécanique savante là où il y principalement ressenti et intuition. L’intrigue policière est minime et mineure (du reste, in finé, dites-moi qui est l’assassin ?). Je parlerai plus volontiers d’un roman touchant l’initiation à la vie d’adulte. Ou à la vie tout court : comment vivre avec ses démons…ou ses fantômes…

PLANCHE GNONI RODOLPHE SOLEIL.jpg


10/De quelle manière avez-vous travaillé avec Gnoni ?
En parfaite harmonie. Laurent a tout de suite été pris par l’histoire qu’il s’est approprié avec savoir-faire et talent et qu’il a mis en scène de la meilleure façon possible, prolongeant le récit et l’amplifiant sans cesse. Je ne saurais rêver de meilleure collaboration.
11/Avez-vous des projets d’albums pour 2018 ?
Oui bien sûr. Des suites aux séries en cours –Centaurus, Amazonie, Ter, Robert Sax, Brian Bones, A la Vie à la Mort, l’Autre Monde. Mais encore quelques créations comme une biographie d’Alfred Jarry (« Merdre » avec Daniel Casanave chez Casterman) ou une série dédiée au jeune public (« Le Petit Bois » avec Patrice Le Sourd aux éditions Clair de Lune)

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